Interview : Nadège Lefebvre, Présidente du Conseil départemental de l’Oise

2 Juin 2026Actualité

Présidente du Conseil départemental de l’Oise

L’élu local : Au lendemain des élections municipales de mars 2026, quels enseignements tirez-vous de ce scrutin, d’une façon générale et dans l’Oise en particulier ?

Nadège Lefebvre : Les élections municipales de mars 2026 envoient un message clair : les habitants attendent des résultats concrets et une action publique ancrée dans leur quotidien. Dans un contexte national incertain, la commune demeure le premier lieu de confiance démocratique. Les maires et leurs équipes restent des repères essentiels, parce qu’ils agissent au plus près des habitants.

Ce scrutin traduit aussi une exigence croissante de réponses rapides face aux préoccupations concrètes : pouvoir d’achat, accès aux services publics, sécurité, santé, mobilités… Les électeurs jugent sur les actes.

Dans l’Oise, ces attentes sont fortes. Département à la fois rural et urbain, il doit relever des défis concrets : garantir l’égalité d’accès aux services publics, accompagner les transitions sans fragiliser les équilibres locaux. Les résultats montrent à la fois un attachement à des équipes expérimentées et, dans certains cas, une volonté de renouvellement.

Plus que jamais, cela confirme la nécessité de renforcer le lien entre communes et département. Nous devons être aux côtés des maires pour soutenir leurs projets et répondre efficacement aux attentes des habitants. La confiance ne se décrète pas : elle se construit dans la proximité et dans l’action.


L’EL : Dans le contexte socio-économique actuel, comment votre département tire-t-il son épingle du jeu, alors que les charges augmentent et les ressources se raréfient ?

NL : Notre collectivité subit, de plein fouet, les décisions unilatérales de l’État opérées sans concertation et sans compensation : revalorisation du RSA, hausse de la Caisse Nationale de Retraite des Agents des Collectivités Locales (CNRACL), baisse de TVA et de la DGF (Dotation Générale de Fonctionnement), effondrement de la Taxe d’aménagement. Le Département de l’Oise n’est pas éligible au Fond de Sauvegarde (600 millions alloués par l’Etat) mais par contre il doit alimenter pour la deuxième année consécutive le DILICO (Dispositif de Lissage Conjoncturel des Recettes Fiscales des Collectivités Territoriales) à hauteur de 3,5 millions d’euros selon un mode de calcul fantaisiste élaboré par le Ministère des finances publiques.

Entre la hausse des dépenses imposées et la baisse des recettes, cela aboutit à douze millions d’euros en moins sur notre budget 2026. Tout cela est insupportable et insoutenable !

Pour y faire face, nous sommes obligés de réduire certaines politiques destinées à la population que nous ne pouvons plus financer. On économise ainsi plusieurs millions d’euros par an, sans toucher à l’essentiel : nos politiques obligatoires, les routes départementales, les collèges, l’aide aux communes et notre contribution au SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours) tout en contenant notre masse salariale.


L’EL : Dans la perspective d’une éventuelle réforme territoriale, les deux échelons les plus menacés sont la commune et le département. Est-ce pour autant, à vos yeux, juste et pertinent, alors que ce sont les deux échelons de proximité ?

NL : Vouloir supprimer les départements et les communes serait une grave erreur ! Ce sont, en effet, les deux seules collectivités de proximité et notre action est complémentaire. On verra ce que propose cette réforme territoriale mais à mes yeux, bien des exemples montrent que l’État ferait mieux de regarder ce qui ne fonctionne pas avant de lancer une énième réforme.

Dans une période de défiance politique, supprimer les élus qui vivent au plus près des habitants ne ferait qu’amplifier les difficultés de nos administrés. Les technocrates parisiens sont beaucoup trop éloignés de la réalité du terrain. J’en veux pour preuve le transport scolaire confié aux régions mais dont les départements ont conservé le transport des élèves en situation de handicap. Où est la cohérence ? Autre exemple : l’État veut recentraliser la gestion du FSE (Fond Social Européen), au détriment des départements. On gère ce fonds avec rigueur, efficacité, proximité, car dans les départements, on est au plus près de la vie des gens et de leurs problématiques. En revanche, l’État reste muet sur la gestion et le financement des mineurs non accompagnés qui incombent aux Départements. La strate départementale a besoin de financements pérennes, il faut que Bercy arrête de les ponctionner pour combler le trou béant des finances de la France. Je rappelle juste qu’on est passés de 2 300 à 3 500 milliards d’euros de dettes de l’État entre 2017 et 2025. Pendant ce temps-là, les collectivités territoriales ont l’obligation de voter des budgets à l’équilibre.


L’EL : Est-ce que le Département de l’Oise mène une politique spécifique en direction des communes et sous quelle forme peut-il les accompagner ?

NL : Oui, et c’est un choix fort que j’ai souhaité porter avec ma majorité, pour le Département de l’Oise. Le Département est le premier partenaire des communes. Malgré un contexte budgétaire contraint, nous avons maintenu un bon niveau de soutien. Sur les cinq dernières années, plus de 240 millions d’euros ont été investis pour accompagner les projets communaux : écoles, voirie, équipements publics, patrimoine,  sécurité…

Ces investissements sont essentiels : ils améliorent le cadre de vie des habitants tout en répondant aux besoins exprimés par nos concitoyens et soutiennent l’activité économique locale en générant de l’emploi. Soutenir les communes, c’est agir concrètement pour l’attractivité et la vitalité de nos territoires. N’oublions pas que les collectivités territoriales sont les premiers investisseurs publics en France, avec environ 60 % de l’investissement public total. C’est considérable.


L’EL : À proximité de la gigantesque force attractive de la métropole parisienne, comment un département comme l’Oise peut-il résister et avec quels atouts ?

NL : On fait plus que résister, on continue à se développer ! Nous avons du foncier moins cher et un réseau routier performant. L’Oise est idéalement située entre Paris et Lille et entre Le Havre et Reims. Notre département attire des entreprises qui recherchent une qualité de vie, des infrastructures de qualité, de la main d’œuvre performante. Et puis, dans l’Oise, nous défendons la ruralité dans tous ses aspects : agriculture, commerce, industrie et artisanat, tout en bénéficiant des commodités comme : la fibre optique, des écoles à taille humaine, des services publics, des structures petite enfance, des espaces verts, avec un coût de la vie moins élevé qu’en région parisienne.


L’EL : Ce qui s’est passé dans l’Oise aux élections municipales peut-il influer sur le résultat des départementales 2028 et sur quoi vous appuyez-vous pour réussir cette prochaine échéance ?

NL : Les élections municipales de mars dernier n’ont pas beaucoup chamboulé le paysage politique de l’Oise. Le fait marquant est Creil et son agglomération qui ont basculé chez LFI. Mais à part cela, la droite et le centre restent majoritaires et conservent la gestion des principales villes et des communes. Les électeurs de l’Oise ont fait confiance aux candidats qui sont proches d’eux. Toujours cette valeur de la proximité. En 2028, les conseillers départementaux de notre majorité continueront à être ce qu’ils sont depuis 2021 et même avant : proches des habitants, des commerçants, des soignants, des agriculteurs, des entrepreneurs, des clubs et des associations de leurs cantons. Ils resteront proches de celles et ceux qui font vivre nos communes.

Certes, les réseaux sociaux sont devenus incontournables pour faire connaître son action locale. Mais le contact réel, l’échange, le partage demeurent essentiels, dans une société qui se déshumanise parfois et ne se parle plus.


Nadège Lefebvre : ne jamais s’éloigner de l’essentiel

Il y a, chez Nadège Lefebvre, une constance rare : celle de ne jamais s’éloigner de l’essentiel. Née le 25 octobre 1960 à Cuigy-en-Bray (Oise), elle construit son parcours à son image ; avec discrétion mais surtout une grande solidité et un profond sens du service.

Avant la politique, c’est dans le domaine du handicap qu’elle fait ses premiers pas professionnels. Une expérience fondatrice, qui façonne durablement son regard et son engagement en faveur des publics les plus vulnérables. En 1992, elle embrasse la fonction de responsable des ressources humaines au sein de la fonction publique d’Etat, poursuivant cette même exigence d’attention aux autres.

Mais c’est à Lachapelle-aux-Pots, sa commune de cœur, que son engagement prend racine. Élue conseillère municipale en 1983 à 22 ans, elle s’inscrit dans le temps long, celui de la proximité et de la fidélité. En 2008, elle devient maire de la commune avec la volonté affirmée de défendre la vitalité des communes rurales et de préserver leur équilibre.

Au fil des années, son action dépasse la frontière capelloise. Présidente de la Communauté de Communes du Pays de Bray de 2001 à 2017, puis élue conseillère départementale en 2015, elle élargit son champ d’action sans jamais perdre de vue le terrain. Vice-présidente en charge de la ruralité et des services publics, elle impulse des initiatives concrètes, comme le Bus départemental pour l’Emploi ou le Plan Oise Santé, symboles d’une politique qui va à la rencontre des habitants.

L’année 2017 marque un tournant. Élue sénatrice, elle choisit pourtant de revenir pleinement à l’échelon local en devenant présidente du Conseil départemental de l’Oise. Un choix révélateur d’une conviction profonde : l’action publique trouve tout son sens au plus près des citoyens.

Réélue en 2021, Nadège Lefebvre poursuit aujourd’hui son engagement avec la même ligne directrice : agir concrètement, soutenir les communes et maintenir ce lien de proximité qui, depuis toujours, guide son parcours.